Junggarsuchus sloani avait des pattes faites pour courir mais son crâne plat était celui d'un crocodilien, adapté, du moins en apparence, à la vie aquatique. Pour un évolutionniste, c'est la charrue avant les bœufs.

Dans la même famille de questions que l'affaire de l'œuf et de la poule, en voici une, que peu de gens, sans doute, se sont posés mais à laquelle la science vient de trouver une réponse :les crocodiles ont-ils le crâne aplati parce qu'ils se sont adaptés à la vie aquatique ou bien ont-ils pris l'habitude de s'installer dans l'eau parce que leur crâne aplati leur permettait de respirer facilement en surface ? James Clark, de l'Université George Washington (Washington, Etats-Unis), l'affirme : la seconde hypothèse est la bonne, et bouscule au passage quelques idées sur l'évolution.

Lalumière lui est venue en examinant un squelette déterré au nord-est de la Chine, dans la province du Xinjiang par une équipe du National Geographic. Son propriétaire, baptisé Junggarsuchus sloani, vivait au milieu du Jurassique, quelque part entre -205 et -144 millions d'années. Long de un mètre et juché sur quatre longues pattes, il devait être bon coureur, bien adapté à la terre ferme comme tous ses compères pseudosuchiens. Grand succès du Trias (qui a précédé le Jurassique et inauguré l'ère secondaire), ces pseudosuchiens englobent d'autres groupes de reptiles, comme les ptérosaures.

 

 

Junggarsuchus sloani. Dessin réalisé par Portia Sloan pour le magazine National Geographic.

Jambes de gazelle et tête de croco

Mais à l'époque de Junggarsuchus sloani, ces pseudosuchiens commençaient à se faire voler la vedette par les ornithosuchiens, dont les dinosaures sont les plus illustres représentants, et marchaient tout droit vers l'extinction. Les descendants de Junggarsuchus sloani, eux, s'en sont bien tirés : ils sont devenus longtemps plus tard des crocodiliens, animaux bien adaptés à la vie aquatique avec leurs pattes arrière écartées.

 

Mais si Junggarsuchus sloani avait des jambes de gazelle, il avait en revanche déjà une gueule de crocodile… Son crâne aplati, ses narines avancées, ses yeux sur le haut de la tête le font furieusement ressembler à un crocodilien.

Ces caractéristiques, dont on pensait jusque là qu'elles résultaient d'une adaptation au milieu aquatique, sont donc apparues chez un animal terrestre ! En somme, dans ce cas, l'organe a préexisté à la fonction. Ou plutôt, un même organe peut se trouver d'autres fonctions au fil de l'évolution.

Voilà un scénario qui aurait surpris Darwin mais qui n'est pas une première : pas très loin des pseudosuchiens, un autre reptile, l'Archéoptéryx, a bien inventé les plumes avant d'apprendre à voler…

 
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